De l’Accord de Paris à la COP30 : de l’élan moral à l’impératif stratégique
Dix ans après l’Accord de Paris, la COP30[1] à Belém s’est tenue dans un contexte international en recomposition, où les enjeux climatiques s’articulent de plus en plus étroitement avec des considérations stratégiques, industrielles et de souveraineté. Si le texte final ne lève pas toutes les incertitudes, il confirme une trajectoire : la finance climatique entre dans une phase de maturité, qui appelle davantage de crédibilité, de transparence et de résultats mesurables. Pour Mirova, cette édition a mis en lumière à la fois l’affirmation d’acteurs du Sud global et l’émergence d’outillages financiers plus robustes, capables de mobiliser le capital privé à l’échelle nécessaire.
Un nouvel équilibre mondial, des alliances à repenser
L’équilibre des influences évolue, avec un rôle plus affirmé des économies émergentes et une diversité de coalitions qui traduit des priorités devenues plus nationales et sectorielles. Dans ce cadre, le climat n’est pas isolé ; il s’inscrit désormais au cœur des arbitrages liés à la compétitivité, à la sécurité énergétique, à l’emploi et à l’innovation. La transition ne ralentit pas, mais elle se transforme : elle se déploie par des stratégies concrètes, des partenariats ciblés, des solutions industrielles et technologiques qui demandent une gouvernance claire et des standards partagés. Cette évolution invite à repenser les modalités de coopération et à ancrer l’action climatique dans des feuilles de route où l’efficacité, la résilience et l’intégrité priment.
Des avancées concrètes, mais des défis persistants
Un accord critiqué
Les accords conclus à Belém, dont le principal texte est le « Mutirão global » , ne mentionnent pas explicitement la sortie des énergies fossiles. Le texte prévoit le triplement des financements pour l’adaptation d’ici 2035 (contre 2030 initialement espéré), la création d’un mécanisme de transition juste et l’ouverture de « dialogues » sur les mesures commerciales unilatérales2. Le Mutirão global vise à garder l’objectif de 1,5°C « à portée de main », tout en avertissant que le budget carbone est « désormais faible et s’épuise rapidement » et, pour la première fois, reconnaît un probable dépassement de ce seuil2.
Les réactions ont été contrastées : l’Union européenne a exprimé sa déception, tandis que plusieurs pays du Sud ont salué des avancées, et que les ONG ont maintenu leurs critiques. Cette COP a été marquée moins par le dialogue que par des tensions, notamment entre les pays en développement – avec la Chine en première ligne – et l’UE, autour du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (CBAM) et des règles relatives à la déforestation.
Adaptation et finance mixte : vers un passage à l’échelle
La mise en avant de l’adaptation – et la perspective de l’accroissement des financements – répond à une attente forte des pays les plus exposés et à une demande des détenteurs d’actifs pour des trajectoires crédibles. Les coalitions d’asset owners et les organismes de place (Net Zero Asset Owner Alliance, Principles for Respnsible Investment, Institutional Investors Group on Climate Change, entre autres) appellent à l’alignement des portefeuilles sur des approches fondées sur la science, à la mobilisation de capitaux privés pour les solutions climatiques et la nature, et à des financements mixtes publicprivé capables de réduire les risques et d’accélérer la mise en œuvre de la transition.
Cette dynamique s’incarne dans des initiatives structurantes annoncées à Belém, comme le RAIZ Accelerator (Resilient Agriculture Investment for Net-Zero land degradation), qui vise à mobiliser 90 milliards de dollars pour restaurer les terres agricoles, ou le Tropical Forest Forever Facility, dont l’objectif est de préserver les forêts tropicales dans 74 pays à hauteur de 100 milliards de dollars (l’initiative a reçu 9 Md$ de promesses initiales mais ses règles de fonctionnement restent à préciser)3.
Ces projets illustrent la montée en puissance des financements mixtes, ou blended finance en Anglais : des architectures de financement conçues pour dérisquer l’investissement, améliorer la transparence et maximiser l’impact. Chez Mirova, nous partageons cette exigence de cohérence entre engagements, stratégies d’investissement et résultats tangibles.
Vers des marchés carbone de haute intégrité
La COP30 a permis des progrès pour les marché carbone et confirmé que leur intégrité est une condition essentielle pour permettre leur intégration dans des stratégies d’investissement. Plusieurs initiatives annoncées à Belém vont dans ce sens.
Une coalition menée par le Brésil et soutenue par 18 pays, appelée « Open Coalition on Compliance Carbon market » s’est engagée à harmoniser les règles des marchés carbone réglementaires et renforcer la transparence des échanges. Une autre initiative appelée « Coalition to Grow Carbon Markets » dirigée par le Royaume-Uni, Singapour et le Kenya vise à promouvoir des politiques harmonisées qui contribueront à stimuler la demande de crédits carbone.. Sur l’Article 6.4 (mécanisme de crédits carbone de l’Accord de Paris), la COP a réaffirmé le rôle du Supervisory Body et ses règles, tout en confirmant la fermeture du mécanisme de développement propre, datant du Protocole de Kyoto, d’ici fin 2026.
Par ailleurs, avec une COP se tenant en Amazonie, plusieurs financement de projets carbone volontaires associés à la protection et restauration de la forêt amazonienne ont été annoncées..
Ces initiatives traduisent une ambition claire : rendre les marchés carbone plus comparables, plus transparents et mieux alignés sur les objectifs climatiques. Pour Mirova, la crédibilité repose sur des méthodologies rigoureuses, une gouvernance efficace et une traçabilité qui permette aux investisseurs d’intégrer ces instruments sans compromis sur l’intégrité environnementale.
Transition bonds : un cadre attendu pour accélérer la décarbonation
La publication des nouvelles orientations de l’International Capital Market Association (ICMA) pour les obligations de transition, ou transition bonds, constitue une avancée majeure pour structurer ce marché et renforcer la confiance des investisseurs. Jusqu’ici, l’absence de cadre clair freinait les émetteurs des secteurs les plus difficiles à décarboner, qui craignaient d’être perçus comme pratiquant le greenwashing. Ces lignes directrices apportent la transparence et la comparabilité nécessaires pour débloquer des financements crédibles.
Pour Mirova, ce signal est essentiel : la transition ne peut se limiter aux seuls projets « verts » strictement éligibles. Elle suppose d’accompagner les acteurs industriels et énergétiques dans des trajectoires robustes vers le net zéro, en finançant des investissements qui réduisent les émissions et accélèrent la sortie des actifs les plus polluants. Ce cadre ouvre la voie à des instruments capables de canaliser des capitaux vers des transformations réelles, en cohérence avec les objectifs climatiques et les attentes des investisseurs responsables.
Mesurer la contribution climatique des entreprises : un cadre pour piloter et reconnaître l’impact
La COP30 a également été l’occasion de présenter la méthodologie du Climate Contribution Framework (CCF), développée par le Mirova Research Center et Sweep, en partenariat avec I Care et Winrock International. Ce cadre propose une approche holistique et fondée sur la science pour évaluer la contribution des entreprises à l’atteinte du net zéro mondial, en intégrant la réduction des émissions mais aussi le déploiement de solutions climatiques et le financement de projets innovants ou fondés sur la nature. L’objectif est double : donner aux investisseurs un outil de pilotage et d’évaluation comparable, et permettre aux entreprises de valoriser des contributions qui dépassent le seul périmètre opérationnel. Ce travail répond aux attentes des asset owners et des groupes de place pour des métriques transparentes, robustes et convergentes avec les standards existants.
Réinventer le récit pour tenir la promesse de Paris
Dix ans après l’accord de Paris, la COP30 appelle moins des proclamations que des mécanismes crédibles, des financements massifs et des standards fiables. Pour Mirova, la priorité est la cohérence entre engagements et résultats, et la capacité à démontrer l’impact de manière efficace et mesurable. La progression de la standardisation, l’outillage des obligations de transition, le renforcement de l’intégrité des marchés carbone, l’accélération de l’adaptation et la reconnaissance des contributions climatiques des entreprises constituent des jalons indispensables.
Mais pour que le climat conserve une place centrale dans l’allocation de capital, il faut réinventer un récit qui conjugue ambition environnementale et exigences économiques, compétitivité et sécurité, innovation et résilience. C’est à ces conditions que la finance climatique pourra tenir – et prolonger – la promesse de Paris.
Notre engagement demeure inchangé : investir dans des solutions qui accélèrent la transition, exercer une gouvernance actionnariale exigeante pour accompagner et, lorsque nécessaire, pousser les transformations, et contribuer à la recherche et aux cadres méthodologiques qui permettent d’avancer, pragmatiquement et collectivement. C’est à ce prix que la finance pourra jouer pleinement son rôle dans l’accélération de la transition.
[1] Source : La COP30 représente la 30e réunion de la Conférence des Parties (COP) à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC), un traité international historique adopté en 1992 et le traité parent de l’Accord de Paris de 2015.
[2] Source : https://www.unepfi.org/themes/climate-change/the-cop30-mutirao-decision-and-what-it-means-for-the-global-finance-sector/
[3] Source : https://www.ecologie.gouv.fr/actualites/cop30-climat-accord-minima
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